Le Premier Ministre Ousmane SONKO a pris part, ce lundi 26 janvier 2026, à Rabat, à la cérémonie d'ouverture de la quinzième session de la Grande Commission mixte de Coopération entre le Sénégal et le Maroc. Voici le discours qu'il a prononcé à cet effet :
Monsieur le Chef du Gouvernement du Royaume du Maroc, Cher Frère et Ami Aziz AKHANNOUCH
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Mesdames, Messieurs les Directeurs généraux,
Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs les Experts,
Honorable assistance
En venant ici, en terre marocaine, je savais que je rendais visite à un pays frère, un pays ami avec lequel le Sénégal a tissé des liens séculaires, a construit une communauté de destin et a fondé des relations qui, au-delà de nos dirigeants politiques, structurent les imaginaires de nos peuples et façonnent les rapports qu’ils entretiennent.
Je ne suis pas surpris par la qualité de l’accueil. Mais j’ai, été particulièrement touché par la mobilisation exceptionnelle autour de cette visite. La délégation qui m’accompagne ainsi que les experts qui m’ont précédé et moi-même sommes, particulièrement, sensibles à toutes les marques d’attention et à toutes les facilités destinées à rendre agréable notre séjour. Soyez-en sincèrement remerciés.
Je vous prie, également, de bien vouloir transmettre les salutations fraternelles de Son Excellence Monsieur BASSIROU DIOMAYE DIAKHAR FAYE, Président de la République du Sénégal, à Son Ami et Frère, Sa Majesté le Roi MOHAMMED VI, que Dieu L’assiste.
La visite officielle que je conduis ici, en terre amie marocaine, est un moment politique majeur, et non une simple séquence post-CAN dont elle est antérieure dans sa conception. Elle intervient dans un contexte chargé d’émotions sportives, de débordements regrettés et d’images parfois douloureuses pour deux peuples profondément liés. Mais précisément, sa portée historique réside dans la forte capacité de deux États frères de ne pas laisser l’émotion surplomber, décider du sens.
Sous ce rapport, ce déplacement ne vise pas à calmer : il vise à affirmer, à réaffirmer : la CAN n’a pas divisé deux peuples, elle a éprouvé leur lien, elle n’a pas opposé le Sénégal et le Maroc ; elle a mis à l’épreuve l’intensité de deux passions nationales dans un espace commun.
Les dérapages observés, ici ou là, ne doivent être ni niés, ni dramatisés. Ils doivent être requalifiés comme des excès émotionnels produits par la ferveur, et non comme des fractures politiques ou culturelles.
Car le sport, si passionnant et passionné soit-il, est trop fluet à résumer les relations entre les deux nations, les deux États; faites de :
- l’ancienneté des liens humains, spirituels, économiques et culturels,
- la circulation historique des personnes, des savoirs, des confréries, des étudiants, des entrepreneurs,
- la confiance politique bâtie dans la durée, au-delà des alternances et des conjonctures.
Un lien entre États et peuples qui survit aux événements, parce qu’il est enraciné dans l’histoire partagée.
Ce voyage, sous le sceau de la quinzième session de la Commission mixte, n’est donc pas un voyage d’apaisement (est-ce d’ailleurs réellement nécessaire si l’amitié sénégalo-marocaine est ce qu’il se dit?).
C’est un voyage de reconfirmation, de dépassement et de refondation du lien, à la hauteur de deux nations qui se respectent, se reconnaissent et se projettent ensemble. Plus que de clore un incident, nos travaux doivent sceller un avenir commun et réaffirmer que :
- l’amitié sénégalo-marocaine est plus forte que l’émotion du moment,
- deux peuples frères peuvent traverser l’intensité sans se diviser,
- leur avenir commun est appelé à être plus dense, plus structuré et plus ambitieux.
Monsieur le Premier Ministre, Cher Ami et Frère
Je suis honoré de co-présider, à vos côtés, les travaux de la quinzième session de la Grande Commission mixte de Coopération entre le Royaume du Maroc et la République du Sénégal. La périodicité de ces rencontres est irrégulière. Mais quand nous avons l’occasion de nous retrouver, d’aller à l’essentiel, cela s’avère toujours profitable pour nos deux pays.
Il est heureux que cette Grande Commission se tienne sous la co-présidence des Chefs de Gouvernement des deux pays. Cela traduit une volonté commune de redynamiser la coopération Rabat-Dakar, conformément aux orientations définies par nos plus hautes Autorités.
C’est, également, la manifestation de l’ambition partagée de nos deux Etats d’œuvrer à la consolidation du partenariat stratégique sénégalo-marocain afin de le hisser à un niveau qui correspond aux attentes de nos deux Peuples.
Qu’il y ait une volonté commune d’intensifier et de diversifier la coopération bilatérale, cela n’est pas contestable. C’est d’ailleurs ce qui explique la signature, à chaque grande Commission, d’accords ou de mémorandum d’entente qui touchent, à présent, toutes les activités qui relèvent des compétences d’un État. Ils sont rares les secteurs dans lesquels, nous n’avons pas de conventions.
Monsieur le Premier Ministre, Cher Frère
A l’occasion de cette Grande Commission, le cadre juridique de notre coopération, riche déjà de plus de cent trente (130) accords, va s’élargir avec la signature de nouveaux instruments juridiques. Ces ententes couvrent, pratiquement, tous les secteurs-clés de développement. Elles s’inscrivent, également, dans le cadre des axes prioritaires des référentiels de nos politiques publiques.
Le Sénégal s’est doté d’un ambitieux programme de développement « l’Agenda national de transformation – Sénégal 2050 » qui constitue notre feuille de route pour les 25 prochaines années. Ce programme a pour objectif de promouvoir un développement endogène et durable. Il repose sur quatre (4) axes stratégiques suivants : une économie compétitive - un capital humain de qualité et l’équité sociale - l’aménagement et le développement durables –la bonne gouvernance et l’engagement africain.
Il ne s’agit pas seulement de développement économique. Il est, aussi, question de transformations sociales profondes dont la finalité est de renforcer la cohésion nationale, de réduire les inégalités, de donner à chaque Sénégalais des raisons d’espérer pour lui et pour ses proches une amélioration de ses conditions d’existence. Une telle politique a ses exigences et des implications parfois inattendues. Mais nous ne sommes pas seuls sur ce chemin, nous en sommes conscients, certains de pouvoir compter sur des partenaires de toujours et de tous les jours comme le Royaume du Maroc pour réaliser cet agenda ambitieux.
Le développement, c’est un processus qui requiert des options fortes, une solidarité sans faille, une coopération construite à partir de communautés d’intérêts et, finalement, d’une humanité qui confère un sens à tout ce que nous faisons.
Monsieur le Chef du Gouvernement, Cher Frère
Mesdames, Messieurs les Ministres
Notre coopération économique et commerciale est très dynamique. Mais, nous pouvons faire mieux. Faire mieux, c’est, également, travailler à plus d’équité dans les relations commerciales.
Les déséquilibres notés dans les différents domaines de coopération sont préjudiciables, sur le long terme, à la qualité de nos échanges. Et indépendamment de toute recherche de responsabilité, nous devons discuter des causes de ces distorsions et envisager, ensemble, les solutions pouvant les traiter. Je sais que vous en êtes conscients.
Notre responsabilité, en tant qu’autorités politiques, est de travailler à la prospérité de nos États.
Je souhaiterais, par rapport à cet aspect, saluer la contribution positive au développement du Sénégal des entreprises marocaines opérant dans les secteurs des Banques, des assurances, de l’agroalimentaire, des Bâtiments et Travaux publics, des mines, de l'industrie pharmaceutique, de l’énergie, etc. Elles font partie du tissu économique du Sénégal, bénéficient d’un égal accès que les entreprises sénégalaises à la commande publique, sont assujetties aux mêmes règles et bénéficient des mêmes avantages.
Le Sénégal est un marché ouvert pour ces entreprises. Les entrepreneurs sénégalais peuvent avoir des attentes légitimes d’accéder aux marchés du Royaume du Maroc dans des conditions similaires et, sans doute, dans le cadre des politiques publiques de l’État du Maroc. Le Forum Économique que nous tiendrons demain à Casablanca nous offrira le cadre idoine pour échanger autour de ces enjeux.
Je voudrais, Cher frère, appeler notre attention sur les conditions de circulation et d’établissement de nos compatriotes marocains et sénégalais dans l’un et l’autre pays. Je sais que d’importants efforts sont faits en ce sens.
Nos services diplomatiques et consulaires nous rendent compte des difficultés rencontrées et du bon accueil fait aux différentes demandes de traitement de certaines questions. Mais nous devons nous accorder sur des règles et principes qui permettent de renforcer l’intégration de nos différentes communautés.
L’objet de ma venue au Maroc, c’est aussi exprimer au Peuple marocain Frère toute l’amitié et l’affection inconditionnelles du Peuple sénégalais. Cette rencontre est destinée à replacer cette amitié au cœur des politiques publiques, à redynamiser notre partenariat et à doter nos Gouvernements d’une Feuille de route claire.
Monsieur le Chef du Gouvernement, Cher Frère
Mesdames, Messieurs les Ministres
Je voudrais conclure en réaffirmant l’engagement constant du Gouvernement sénégalais à œuvrer, sans relâche, au renforcement et à l’élargissement de la coopération avec le Royaume du Maroc, dans l’esprit des liens culturels, spirituels et historiques unissant nos deux peuples et dans l’intérêt supérieur de nos deux pays.
En vous renouvelant, cher frère, l’expression de notre profonde gratitude, je forme des vœux de plein succès à nos travaux et vous remercie de votre aimable attention.